Je veux changer la couleur de ma façade commerciale : quelles autorisations ?

Accord du bailleur, vote de la copropriété, déclaration préalable en mairie : les trois autorisations à obtenir avant de repeindre la façade d'un commerce, et l'ordre à suivre.

Par Héloïse Gimbert, avocate au Barreau de Paris —

Trois, en principe : celle du bailleur, celle de l’assemblée générale des copropriétaires si le local est situé dans une copropriété, et celle de la mairie, par une déclaration préalable de travaux. Ces autorisations sont indépendantes : l’accord de l’une ne dispense pas des autres. Et si l’enseigne change en même temps, une quatrième s’y ajoute.

1. L’accord du bailleur

Repeindre la façade ou la devanture modifie l’aspect des lieux loués. La plupart des baux commerciaux soumettent ces travaux à l’autorisation préalable et écrite du bailleur, dans la clause « travaux » ou « transformations ». Même sans clause expresse, le locataire ne peut en principe transformer les lieux sans l’accord de son bailleur.

Sans cet accord, le locataire s’expose à devoir remettre la façade dans son état d’origine à ses frais et, dans les cas les plus sérieux, à voir ce manquement invoqué contre lui : mise en jeu de la clause résolutoire, ou refus de renouvellement sans indemnité d’éviction après une mise en demeure restée sans effet.

En pratique : demandez l’accord par écrit, en joignant la référence de la teinte et un visuel, et conservez-le avec votre bail.

2. L’autorisation de la copropriété

Dans un immeuble en copropriété, la façade est en règle générale une partie commune. Le règlement de copropriété classe parfois la devanture ou la vitrine de la boutique en partie privative, mais cela ne suffit pas : les travaux qui affectent l’aspect extérieur de l’immeuble doivent être autorisés par l’assemblée générale, à la majorité de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965, soit la majorité des voix de tous les copropriétaires. Si cette majorité n’est pas atteinte mais que le projet recueille au moins le tiers des voix, un second vote peut avoir lieu immédiatement à la majorité simple (article 25-1).

Le locataire n’est pas copropriétaire : il ne peut pas saisir lui-même le syndic. C’est son bailleur qui demande l’inscription de la question à l’ordre du jour de la prochaine assemblée. Comptez les délais : l’assemblée ordinaire ne se réunit qu’une fois par an, et convoquer une assemblée extraordinaire a un coût.

Lisez aussi le règlement de copropriété : il fixe souvent des règles d’harmonie des devantures (couleurs, matériaux, enseignes) que l’assemblée elle-même doit respecter.

3. La déclaration préalable en mairie

Les travaux qui modifient l’aspect extérieur d’un bâtiment existant sont soumis à déclaration préalable (article R. 421-17 du Code de l’urbanisme). Changer la couleur d’une façade ou d’une devanture entre dans ce cas.

La mairie dispose d’un mois pour instruire la déclaration. Ce délai passe à deux mois lorsque le local se trouve aux abords d’un monument historique ou dans un site patrimonial remarquable : l’architecte des Bâtiments de France doit alors donner son avis. À Paris, le plan local d’urbanisme encadre précisément l’aspect des devantures, et le choix de la teinte peut être discuté.

Des travaux réalisés sans déclaration exposent à une mise en conformité exigée par la commune ; l’infraction est en outre pénalement sanctionnée.

Et l’enseigne ?

Si vous changez l’enseigne en même temps que la couleur, une autorisation distincte est nécessaire au titre du règlement local de publicité. À Paris, elle est délivrée par la Ville. L’enseigne relève aussi, le plus souvent, d’une clause spécifique du bail et du règlement de copropriété.

Dans quel ordre procéder ?

  1. Relire le bail et le règlement de copropriété : clauses travaux, enseigne, harmonie des façades.
  2. Obtenir l’accord écrit du bailleur, avec son engagement de porter la demande à l’assemblée générale.
  3. Faire voter l’assemblée générale des copropriétaires.
  4. Déposer la déclaration préalable en mairie, puis attendre la décision ou l’expiration du délai d’instruction.
  5. Seulement ensuite, lancer les travaux.

Le calendrier est souvent dicté par l’assemblée générale : c’est l’autorisation la plus longue à obtenir. Si vous négociez un bail ou rachetez un fonds de commerce, c’est le moment de faire inscrire l’autorisation dans l’acte.

Un projet de travaux sur votre local ? Prenez rendez-vous : je relis votre bail et votre règlement de copropriété, et je vous indique les autorisations à obtenir, dans le bon ordre.

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Questions fréquentes

Le bailleur peut-il refuser que je change la couleur de ma façade ?

Oui, si le bail soumet les travaux à son accord préalable, ce qui est le cas le plus fréquent. La portée de ce refus dépend de la rédaction de la clause : elle se vérifie au cas par cas.

Faut-il un vote de l’assemblée générale si la devanture est une partie privative ?

Oui, dès lors que les travaux affectent l’aspect extérieur de l’immeuble. L’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 soumet ces travaux à l’autorisation de l’assemblée générale, même lorsqu’ils portent sur une partie privative.

Une déclaration préalable suffit-elle pour repeindre une façade commerciale ?

Oui, la déclaration préalable est l’autorisation d’urbanisme requise pour modifier l’aspect extérieur d’un bâtiment existant. Le délai d’instruction est d’un mois, porté à deux mois aux abords d’un monument historique ou dans un site patrimonial remarquable.

Que risque-t-on à repeindre sa façade sans autorisation ?

Une remise en état aux frais du locataire, demandée par le bailleur ou par le syndicat des copropriétaires, une mise en conformité exigée par la commune et, dans les cas sérieux, la remise en cause du bail lui-même.

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